La mise en ligne des collectes des musiques traditionnelles du Charolais et du Brionnais

15 octobre 2020

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La mise en ligne des collectes des musiques traditionnelles du Charolais et du Brionnais

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Notre projet est de mettre en ligne des collectages réalisés sur les deux petites régions du sud de la Bourgogne que sont le Charolais et le Brionnais, dans le département de Saône-et-Loire.

Nous sommes Annick Martin Bouchot, Gilles Lauprêtre et Michel Nioulou, tous les trois passionnés des musiques traditionnelles.

Notre rencontre au début des années 1980 a rapidement débouché sur une campagne de collecte des musiques de notre région. Dès 1984, de très nombreux enregistrements ont été réalisés pendant une dizaine d’années, souvent avec la collaboration de François Gayot. Ensuite, le rythme s’est réduit, mais nous avons continué jusqu’à aujourd’hui.

Notre premier travail sur le répertoire régional a été la production d’un disque vinyle du ménétrier Louis Batillat, joueur d’accordéon diatonique. Pour cela nous avions créé le GRETT (Groupe de Recherche, d’Etude et de Transmission des Traditions en Charolais Brionnais) par le biais duquel nous avons pu mettre en valeur et faire connaître ces travaux.

Nous avons également bénéficié du travail de collectes d’une société savante locale, le GSAC (Groupe Spéléo Archéologique du Charolais) qui avait réalisé des enregistrements de chanteurs et musiciens à la fin des années 50 et qui nous a confié les bandes magnétiques.

Par ailleurs, quelques autres enregistrements privés nous ont aussi été remis.

Après avoir passé la main à d’autres pour laisser voguer l’association le GRETT vers d’autres rivages, nous avons continué notre travail de collecte.

 Aujourd’hui, des musiciens proches de nous picorent dans ce répertoire, mais, pour permettre à tous un accès facile à ces documents, nous avons pensé que la mise en ligne de ces collectages était une bonne solution.

 Nous ne nous interdisons pas d’ouvrir ce blog à d’autres domaines de nos recherches.

Ce travail est amateur et bénévole. Il a uniquement pour but de partager facilement ces documents avec le plus grand nombre.

Le blog est actuellement en construction, soyez patients!

Les sources du répertoire et les collecteurs

13 octobre 2020

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Les sources du répertoire et les collecteurs

Georges Coiffard vielle Louis Batillat accordéon diatonique

George Coiffard à la vielle et Louis Batillat, accordéon diatonique, couvent des Clarisses, Charolles 1985

Les sources

Sources écrites :

- La monographie manuscrite de Saint-Julien-de-Civry écrite par Joseph Sandre en 1885-1886, refondue en 1894, comporte plusieurs partitions de mélodies de chants et de danses, en particulier des bourrées à deux temps. Le document se trouve à l’Académie de Mâcon, société des Arts, Sciences et Belles-Lettres.

- Le Grand Méhu, roman charollais, de Jules Garmier, Mâcon, Protat frères, 1894, avec douze partitions de chansons locales à la fin de l’ouvrage.

- Les partitions de Pierre Lauprêtre (1868-1949) de Beaubery, dit Pierre Frisé. C’était « le » vielleux du Charollais, du moins un vielleux très connu dans de très nombreuses communes aux alentours de Beaubery et de Charolles, dans lesquelles il jouait pour les noces, les conscrits, les bals.

Pierre Frisé connaissait la musique et a commencé par jouer du piston. Suite à des problèmes dentaires, il s’est tourné vers la vielle et il en est devenu un des représentants les plus emblématiques de la région.

Michel Nioulou a retrouvé en 2009 chez son neveu Pierre Jacquet, de Vérosvres, un carnet de partitions manuscrites notées par Pierre Frisé lui-même, répertoire de valses, scottishs, mazurkas, marches, polkas et quadrilles du 19e siècle. Parmi ces partitions, on trouve une page de bourrées à deux temps qui sont pour la plupart soit inconnues, soit des versions inédites de bourrées connues.

D’autres bribes d’informations se trouvent dans les monographies locales, dans l’enquête Fortoul, et quelques ouvrages divers.

Enregistrements :

- Les collectages par Annick Bouchot, François Gayot, Gilles Lauprêtre, et Michel Nioulou, réalisés de 1984 à 2015. La période de collecte la plus intense se situe de 1984 à 1995 (environ une centaine d’informateurs rencontrés).

C’est pour réaliser en 1985 Musique en Charollais, un disque vinyle de Louis Batillat (1911-1993) en collaboration avec Christian Oller, que nous avons créé le GRETT au printemps 1984. Lili, comme on l’appelait communément, était de Marcilly-la-Gueurce. Il jouait de l’accordéon diatonique.  

Quelque temps après la création de l’association, par le biais de Pascal Cranga, René Horiot (1909-1990), de Charolles, nous confie six bandes d’enregistrements qu’il avait réalisés en 1957 dans le cadre du Groupe Spéléo-Archéologique du Charollais, le GSAC. Ce groupe s’intéressait à de nombreux sujets, en particulier à la spéléologie, à l’archéologie, à l’histoire locale et aux musiques qu’ils nommaient « folkloriques ». Une petite équipe l’accompagnait dans ces recherches. Ils ont réalisé de nombreux enregistrements sur bandes, de musiciens et de chanteurs, ainsi que des documents rédigés issus de leur collecte.

Mademoiselle Bouzereau, de Charolles, ex-membre du GSAC, confie dans la foulée à Annick Bouchot et Gilles Lauprêtre une autre bande jusque-là conservée chez elle. Ils ont recueilli ces bandes dans leur état final avec quelques notes de collectages fort précieuses.

En 2015, Michel Nioulou retrouve dans un grenier une nouvelle bande magnétique du GSAC. Ces enregistrements sont des documents uniques et précieux. Tout comme les documents écrits, ils sont consultables chez les collecteurs.

Pendant l’été 2020, il récupère à nouveau de nombreux documents de collectages de la fin des années 50 du GSAC accompagnés de huit nouvelles bandes magnétiques dont la numérisation et le dépouillage sont en cours.

- Les enregistrements sur disques vinyles du groupe folklorique de Charolles, Les Gâs du Tsarollais.

Dès sa création en 1935 par Joanny Furtin, poète régionaliste (1893-1982), le groupe a fait jouer pour ses spectacles les musiciens traditionnels présents sur le territoire. Les vielleux comme Pierre Frisé (1868-1949), de Beaubery, Jean-François Crétenet dit François Crétenet (1882-1944), de Suin, Marcel Pompanon (1905-1968), de Saint-Léger-lès-Paray, Jean Gueugnon (1924-2007), de Viry, Jean Coiffard, de Changy, appelé usuellement « Georges » Coiffard (1906-1988), Jean Lespinasse (1924-2012), de Vareilles, ont tous fait partie du groupe à un moment de leur vie.

Louis Batillat ainsi que Michelle, sa fille, vielleuse et élève de Marcel Pompanon, ont également appartenu au groupe. Michelle Batillat a aussi participé aux travaux de collectage du GSAC.

Trois disques vinyles, dont on ne retrouve pas les dates exactes de parution (vers 1964-65 pour le premier, vers 1973 pour le second et entre 1973 et 1976 pour le troisième) ont été réalisés. On peut y entendre Georges Coiffard et Jean Gueugnon interpréter en solo des airs de leurs répertoires. Marcel Pompanon joue dans le premier disque au sein de l’orchestre, malheureusement jamais en solo.

- Les enregistrements de Jean Basset (1922-2014), de Gibles, qui animait une petite radio « pirate » locale depuis l’après-guerre. Il parcourait, avec une petite équipe, les communes environnantes pour enregistrer tous azimuts musiciens, chanteurs, et raconteurs d’histoires. Au fil des très nombreux enregistrements, on trouve des musiques et des chants traditionnels.

- Quelques enregistrements sur bandes ou sur cassettes communiqués par Agnès Bacot de Matour et Pascal Cranga de Donzy-le-Pertuis.

4 avril 2021

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François Crétenet

 Un autre vielleux important du Charollais est François Crétenet. C’est le vielleux de Suin, il mena de nombreuses noces et conscrits. Il fut également l’un des vielleux des début du groupe folklorique local « les Gâs du Tsarollais ».

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1er Prix au concours de vielle de Charolles, le 13 juin 1937, il obtint une Mention d’Honneur aux fêtes folkloriques des provinces française de l’exposition de Paris le 30 août 1937.

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Tiré de l’ouvrage collectif ; « Suin, chroniques d’un village bourguignon », Arconce Édition 2015. :

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« François Crétenet est né en 1882 à Suin d’une famille implantée de longue date à Suin : ses parents sont aubergistes. Aîné d’une fratrie de huit enfants, il va à l’école à Suin ; une certaine infirmité à la hanche qui le fait claudiquer l’oriente vers l’activité de tailleur. Réformé, il ne participe pas à la guerre de 14-18 où son frère Vincent trouve la mort.

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Sa personnalité hors du commun pour son milieu, son éducation et son temps l’amènent à s’intéresser à de nombreux domaines, en particulier à la photographie dés 1907. La plupart des familles de Suin et des environs ont posé devant son objectif et il a produit de nombreuses cartes postales de Suin et de quelques villages proches dont Vérosvres et Sivignon.

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S’il s’est peu éloigné de Suin (la cariole attelée au bourricot ne le permettant guère), ses photos révèlent un sens de la composition, parfois de la mise en scène et sont un véritable témoignage de la vie rurale à Suin dans la première moitié du XXe siècle. Il se met souvent en scène sur les photos, coiffé d’un canotier, en utilisant un retardateur qui l’oblige à courir assez vite pour figurer sur le cliché. Le canotier constitue sa signature : souvent les personnages figurant sur ses cartes postales portent cette coiffure et lorsque aucun personnage ne figure sur la photo, on trouve un canotier dans un pin… Il produira des vues aériennes de Suin et s’essaiera même à la photographie en couleur.

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Chaleureux, plein d’humour et bon vivant, il animera également les noces et banquets et accompagnait les conscrits comme joueur de vielle. Il participe à l’exposition universelle de Paris en 1937 où il obtient une médaille d’honneur des groupes folkloriques.

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Très impliqué dans la vie communale (assurances agricoles, conseil municipal), il est désigné maire de Suin en août 1941.

Il paiera de sa vie la capture des allemands par le Maquis. Malheureusement, avec son assassinat, l’incendie de sa maison a détruit ses archives. »

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4 avril 2021

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Pierre « Frisé » -2-

Copie du discours de Joanny Furtin, président du groupe folklorique « les gâs du Tsarollais » Lors de la pose de la plaque sur la maison de Pierre Frisé à Beaubery.

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Joanny Furtin fut le poète régionaliste du Charolais, il composa de nombreuse chansons et poèmes sur sa région, des pièces de théâtres. Il créa le groupe folklorique « les Gâs du Tsarollais » qui continue à promouvoir ce répertoire. Il est encore connu et certaines de ses chansons apprises dans les écoles.

Pierre frisé est resté localement la figure emblématique du vielleux traditionnel. Nous avons de nombreuses photos de noces qu’il a menées. Sa famille nous a transmis des partitions car il était musicien lecteur, joueur de piston qu’il abandonna pour la vielle après avoir perdu des dents.

Ce texte nous donne quelques renseignements, entre autres, sur les origines du répertoire de danses du groupe folklorique qui, d’après la légende, parti à Nice en ne dansant que la bourrée et la polka piquée. (sans doute également le branle au vent et le cotillon vert. Le quadrille pourrait lui avoir été transmis par François Cretenet vielleux de Suin. Le huit fut ajouté au répertoire à la fin des années 50 grâce au GSAC, les autres danses du groupes sont des chorégraphies composées par ses membres)

« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Mon cher Pierre

Ce 15 août 1941, sous la présidence de Monsieur Myard maire de Beaubery et de la municipalité, nous avons la très grande joie de vous offrir cette plaque destinée à perpétuer pour les générations futures le souvenir de votre charmante et si sympathique personne.Les petits, les grands pourront dire en passant : tiens ! c’était là que demeurait le Pierre Frisé ! Et liront :

le quatrain que je vous dédie :

C’est en dix neuf cent que tu fis construire

Ce simple logis au toit si léger

Toi bon compagnon des danses, du rire

O gai vielleux ! O Pierre Frisé

Pierre Lauprêtre naquis le 28 décembre 1868 au village des Créteaux commune de Beaubery, Il était le 3° d’une famille de 5 enfants.

Avec lui naissait un musicien, le « ménétrier » de chez nous. En ce temps là, la vie était rude. Tout jeune il travailla la terre, celle qui forme les hommes et trempe les caractères.

Il ne fréquente l’école que quelques mois d’hiver. Mais Pierre était intelligent, ses dons d’observation et de jugement suppléèrent à son manque d’instruction.

Il appris avec facilité la vielle, cet antique instrument de nos aïeux. Avec tout un répertoire de danses et de monologues, il pouvait partir en campagne. Ses maîtres vielleux furent le père Odoux de Charolles et le père Gueugnon de Viry dont le petit fils digne émule de son grand-père, Jean Gueugnon, est ici présent.

Le nombre de noces qu’il fit est incalculable. Partout à la ronde on réclamait le Pierre Frisé, car il était bon joueur, agréable chanteur et fin diseur de monologues. Ce qui le fit surtout apprécié ce fut sa bonhommie, son joyeux caractère, sa grande complaisance et sa délicatesse de sentiments.

Son répertoire même émaillé de bons mots et d’une saine gauloiserie fut toujours d’une correction parfaite.

C’était le bon chanteur des noces, le boute en train de nos campagnes, le troubadour du Charollais.

Quand le groupe folklorique, les gâs du Tsarollais se forma pour participer à la belle sorte de nice en 1935, on pensa à Pierre. Tout de suite il accepta de nous former et de jouer pour nous apprendre les danses d’autrefois.

Afin de nous mettre au point, notre bon Frisé ne fit pas moins de 17 voyages à Charolles et quand nous le reconduisions après nos répétitions, comme il était heureux de nous accueillir dans sa chère maison où sa Jeanne-Marie l’attendait.

Les efforts furent récompensés puisque grâce à lui le groupe obtint à Nice un grand prix d’honneur de danse. Le défilé dans cette belle ville du midi fut un triomphe pour notre Pierre. Les passants l’acclamaient des balcons ou lui lançaient des fleurs. C’était le vielleux le plus typique de tous les groupes de France. Il nous accompagna ensuite dans presque toutes nos sorties, dans tous nos concerts, et toujours sans la moindre petite rétribution. Ce n’est pas l’intérêt qui le guidait, mais l’amour jouer et la solide amitié qu’il nous témoignait.

Quand le groupe se produisait à la radio, à plusieurs reprises il se fit entendre à des milliers d’auditeurs, surtout les exilés de leur Charollais, eurent la très grande joie d’apprécier les notes rustiques de la vielle de Pierre, venus leur apporter par la voie des ondes, une large bouffée d’air de Botet, du mont Violat et de la Corne d’Artus »

4 avril 2021

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Pierre Frisé

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Pierre « frisé », de son vrai nom Pierre Marie Lauprêtre , est le musicien emblématique de la région, encore aujourd’hui il reste très présent dans les mémoires : en 2011 trois articles dans le Journal de Saône et loire lui furent consacrés1. Musicien du village de Beaubery, nous avons retrouvé de nombreux témoignages, dans sa famille et les archives familiales, les mémoires de musiciens et des habitants, les photos de mariages régionales…

Pierre Marie LAUPRETRE dit Pierre Frisé est né le 30 décembre 1868 au hameau du Créteau, commune de Beaubery. Il décédera le 5 mai 1949 à Vérosvres du tétanos, maladie contractée par une blessure à la jambe ( en installant un parquet de bal dans la cour ?)

Le 2 décembre 1897, Pierre Frisé épouse Marie-Claudine Guittat fille des époux Guittat Félix aubergiste au bourg de Beaubery (Auberge du Cheval Blanc). Son épouse décédera en 1918.

Le 26 septembre 1919, il épouse en secondes noces Jeanne Faivre veuve Decrozant, à Vérosvres. Pierrot Jacquet, à Vérosvres, conserve les instruments de Pierre Frisé et les archives familiales.

Ses maîtres vielleux furent le père Odoux de Charolles et le père Gueugnon de Viry, le grand père de Jean Gueugnon que nous avons enregistré à la vielle.

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Ses activités musicales était principalement les mariages, les conscrits, les fêtes locales, le groupe folklorique. Dans l’Auberge qu’il tenait à Beaubery, il y avait un parquet de danse (tout petit : environ 4 sur 8m).

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Ces activités musicales étaient très importantes et comptaient sans doute pour beaucoup dans ses revenus, cependant dans les nombreux actes d’état civil où il est noté comme l’un des témoins de mariages: il n’est jamais noté musicien : cultivateur/sabotier/aubergiste/propriétaire. Dans trois actes de mariages où il cité , l’autre témoin est François Crétenet2, dont la profession notée est tailleur d’habit, mais qui était également vielleux et photographe.

La notoriété de Pierre Frisé comme musicien de noce lui venait pas uniquement de sa pratique de musicien, aussi beaucoup de ses talents d’amuseur et de chanteur, .

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Il fut le premier musicien du groupe folklorique local « les gâs du tsarollais », fondé en 1935 par Joanny Furtin, notre poète patoisant local, et il apporta une partie du répertoire de danses au groupe folklorique : polka piquée, branle au vent, bourrée charollaise et sans doute le quadrille et le cotillon vert. Le spectacle comportait principalement des chants écrits par Joanny Furtin, les danses venaient un peu en intermède.

Au Concours de vielles de Charolles en 1937, c’est François Crétenet qui fut désigné vainqueur (de mémoire car je n’ai pas retrouvé mes notes : 6 participants, les airs proposés sont plutôt des airs d’opéra , Pierre Frisé avait proposé de variation du « carnaval de Venise », un air typique de répertoire de piston qui fut son instrument de jeunesse).

Dans le livre de Jean François Chassaing « Joueurs de vielle en France 1857/1927 », livre qui reprend les cahiers de comptes des luthiers de Jenzat, il y a deux Lauprêtre, les lieux de Vendenesse et de St Bonnet de Joux sont sans doute les lieux de livraison, on peut supposer qu’il s’agit les deux fois de Pierre Frisé (?) : 1882/1887/1893/1903. La vielle qui est restée dans sa famille est une vielle Pajot jeune de 1928.

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Lors d’une fête de 15 août à Beaubery un vielleux (Jacquet) cousin éloigné de la famille, m’a soutenu que Pierre Frisé n’était pas lecteur de musique (car les musiciens traditionnels sont forcément routiniers et ne lisent pas la musique! On retrouve cette idée dans l’un des articles en notes de bas de page) hors ses archives familiales comportent un très grand nombre de partitions écrites et manuscrites. Il faut signaler que le premier instrument de Pierre frisé était le piston et il s’est mis à la vielle quand il a perdu ses dents. Au regard de ses partitions il est clairement un excellent lecteur et notateur. Il semblerait qu’il ait également joué de la cornemuse.

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Plaque sur sa maison de Beaubery, un quatrain de Joanny Furtin :

C’est en dix-neuf cent que tu fis construire

Ce simple logis au toit si léger

Toi bon compagnon des danses du rire

Ô gai vielleur ! Ô Pierre Frisé !

2 Il fut également désigné 1941 maire de la commune de Suin, et fusillé en 1944 par les allemands et sa maison incendiée.

4 avril 2021

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Louis large, musicien et entrepreneur de bal.

Nous avons peu de renseignements sur les orchestres de bal et le rapport entre musiciens solistes meneurs de noces et de conscrits et les musiciens de petits orchestres ruraux. Voici un petit jeu de piste qui mena à une belle photo de noce présentant un de ces orchestres de bal. Nous sommes là au tout début du XX° siècle avec quelques indications sur la fin du XIX.

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 Après avoir trouvé cette photos, à Beaubery (71), celle d’un mariage double mariage mené par un cornemuseux je vais voir Mme Cécile Large. Elle identifie le cornemuseux : il s’agit de Jean-Claude large qui habitait à Beaubery à la Pierre au Couture. Il avait une entreprise de bal avec son frère jean-Louis. Elle pense que celui-ci jouait de la vielle. (Dans le livre de Jean François Chassaing « Joueurs de vielle en France 1857/1927 » qui reprend les cahiers de comptes des luthiers de Jenzat on voit : « Large Jean-Louis, Beaubery (Saône et Loire). Musicien. Le 1er août 1868 achat « vielle charollaise, plaque en nacre » 67 F chez Pajot Fils. Le 8 janv 1869 achat v 67Fn° 170 ; « Gilbert ». )

Elle pense que les mariés sont ses grands-mères Paperin qui ont épousé deux frères Large, mariages à Verosvres.

Elle me donne un nom patois de la cornemuse « Jambe d’ouille » (« jambe de mouton », à rapprocher du nom patois de la cornemuse en Morvan « panse d’ouille ».

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 Elle me donne la photo de mariage de ses parents (Louis Large et ?), datée de 1903 et faîte pas son cousin de La Clayette, Eugène Laroche, photographe amateur.

Les musiciens sont ceux de l’orchestre de bal de son père, plus son oncle cornemuseux.

Sur cette photo on retrouve Jean-Claude Large à la cornemuse, un vielleux, elle pense que ce serait M. Dumont de Gibles, mais elle a des doutes car elle ne sait pas si ce n’est pas plutôt le jouer de piston), deux clarinettistes non identifiés, deux joueurs de « piston »(sic), peut-être Dumont et Louis (?) Large.

Louis Large a fait son service militaire dans la musique au 134e à Mâcon.

il avait également eut une vielle, un don d’un cousin de Mâcon qui faisait parti « des chanteurs des rues », mais comme il ne savait pas en jouer il l’a revendue à un M. Guillemin de St Bonnet de Joux.

Auprès de Mme Lévite (petite fille de Jean-Claude Large), elle me dit qu’il avait une entreprise de bal avec son frère Jean-Louis Large. Mêmes informations chez Mme Chatelet sa sœur.

Retour chez Mme Cécile Large : elle m’explique que pour la noce de ses parents, le lendemain ils étaient montés à Suin en musique.

Elle me montre des photos des cousins de Mâcon : une femme à la mandoline, un homme à la guitare et au premier plan un accordéon 3 rangs/12 basses. Elle me montre une carte postale des musiciens des rues de Mâcon : violons, guitare, mandolines, chanteurs.

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 Louis Large menant des conscrits à Beaubery

 

NB : dans un autre contexte, lors d’une rencontre avec Mr René Horiot, collecteur au sein de GSAC dans les années 1950/60, il nous citait un musicien qui lui avait dit, je cite de mémoire : « pour moi le meilleur orchestre de bal c’est une clarinette, une vielle, et une grosse caisse ! »

15 février 2021

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Lili Batillat, musique en Charollais

Livret du disque vinyle “Lili Batillat, Musique en Charollais” 1985

 

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Lili, Louis Batillat est né le 3 décembre 1911 à Marcilly-la-Gueurce près de Charolles.

Ses parents, tout en tenant un café-épicerie-tabac, élevaient quelques vaches. Après la Grande Guerre, concurrencés par les tournées d’autres épiciers, ils ne s’occuperont plus que du café.

Sa mère, bonne chanteuse, fredonnait souvent des airs traditionnels.

Ainsi, dès son plus jeune âge, Lili reçoit une influence décisive dans sa vie de musicien. A l’occasion, il n’hésite pas à chanter pour son plaisir et celui de son entourage.

Vers 10 ans, Lili s’initie à la musique grâce à l’harmonica qu’il abandonne bien vite pour un instrument plus sonore à son goût : l’accordéon diatonique.

Ses parent lui achètent un 2 rangs qu’une personne de son village avait rapporté d’occupation en Allemagne.

Dès l’âge de 12 ans, Lili joue dans le café familiale, où sa mère est la première à danser avec le maire du village.

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Bien que Lili joue d’oreille, son père veut absolument qu’il apprenne le solfège. A 14 ans, il lui achète une clarinette et l’inscrit à Charolles chez le sous-chef de musique de l’époque : M. Dauvergne. Mais Lili n’assistera que deux ou trois fois aux cours. « Il m’énervait avec ses noires, ses croches et ses papiers, j’ai pas besoin de tout ça ! »

Pour lui, sans doute, apprendre la musique est une perte de temps, car en quelques semaines, il sait déjà tirer des airs de sa clarinette.

De ce fait, l’accordéon et la clarinette deviennent ses deux instruments de routinier.

Sa préférence ira à l’accordéon et il délaissera peu à peu la clarinette. « Je préfère l’accordéon, c’est bien moins pénible pour mener des noces pu des conscrits ! »

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« Ce que j’ai fait le plus souvent, c’est les noces et les conscrits. A 12 ans, je m’nais les conscrits toute une semaine…Et puis au printemps, j’courrais les œufs, et en hivers j’animais les piqueries… Il y avait aussi dans le moment beaucoup de banquets de combattants. Mon secteur, c’était Massy, Vaudebarrier et Dyo » (environ5 km alentours)

Lili a même essayé de jouer de vielle mais il renonce, découragé par le réglage : « la vielle, c’est un instrument toujours désossé. C’est un fourbi d’y accorder ! »

Bientôt, l’acquisition d’un instrument plus puissant se fait ressentir. A 16 ans, avec quelques sous gagnés « à faire de la musique » Lili achète un accordéon 3 rangées Maugein Frères à Tulles en Corrèze. « j’l’ai commandé par écrit et j’l’ai reçu par la gare de Tsarolles »

Sa réputation l’amène à jouer pour les banquets, les conscrits, les noces et les petits bals improvisés alentour.

Durant l’hiver, des piqueries lui donnaient l’occasion d’animer des veillées. Une quinzaine de jeunes filles se réunissaient autour d’une couturière pour confectionner une couverture piquée. La piquerie durait toute une journée. Après le souper, les garçons arrivaient pour faire danser les filles. « De c’tes piqueries, j’en ai fait énormément à Mans, car il y avait deux bistrots et il fallait de la place pour la couverture et en plus, il y avait une couturière ; c’était indispensable. »

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Lili fait son service militaire en 1932 dans les 152e d’infanterie à Colmar. Après un stage de trois semaine pour apprendre à monter à cheval, il est nommé cycliste du colonel. Possesseur d’un laissez-passer, il en profite pour aller danser. Il rencontre des musiciens mais « Ce sont tous des chromatiques ! »

En 1936, Lili est sollicité par Joanny Furtin pour faire parti du groupe folklorique « Les Gâs de Tsarollais ». En effet, une année auparavant, un niçois fonctionnaire à Charolles demande à Joanny Furtin de réunir une troupe de danseurs pour représenter le Charollais au festival folklorique de Nice. Accompagné par le vielleux traditionnel Pierre Frisé, ils concourent avec deux danses : la polka piquée et la bourrée. Ils remportent le 1er prix de danses et le 1er prix de costumes.

Motivé par ce succès, Joanny Furtin fonde le groupe « les Gâs du Tsarollais . « Au début, j’ai joué avec le Pierre Frisé, puis sont arrivés deux clarinettistes : les frères Févres, alors plus question de jouer, on n’était pas dans la même tonalité… Il y a eu aussi un dénommé Gerbe et un Mugnier, ils jouaient des ch’tites clarinettes. C’est Beaufils qui avait écrit la musique d’après les airs que j’avais apportés avec le Pierre Frisé »

Lili se marie en 1941 et s’installe dans la maison qu’il habite toujours à Marcilly-la-Gueurce.

En 1947, sa femme reprend l’affaire familiale

En 1951, ils partent s’établir à Paray-le-Monial au café « La Ferme » près de la gare.

« J’ai toujours été maçon, depuis l’âge de 15 ans, mais ça ne m’empêchait pas de jouer de la musique au café. » Et il ne se faisait pas prier quand les cheminot lui demandait un petit air…

Quittant le café en 1960, pour des raisons familiales, Lili perd l’occasion de jouer au gré de la fantaisie d’un public improvisé. De plus son accordéon devient inutilisable. Par ailleurs, à cette époque, les musiciens traditionnels sont fortement concurrencés par les bals musettes plus à la mode. Cependant, Lili reste en contact étroit avec la musique qu’il aime par l’intermédiaire du groupe folklorique comme danseur.

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En 1973, ses enfants lui offrent pour Noël un Hohner deux rangs Sol-Do, et il retrouve la possibilité de jouer après treize ans d’interruption. « Mes enfants voulaient que je rejoue comme avant dans les réunions de famille »

dès lors, Lili reçoit de nombreuses personnes intéressées par sa musique. Parmi elles des musiciens du groupe folk « le Grand Rouge » (NB :mais également Pierre Bonte pour la radio).

En 1980, Lili décide de s’acheter un nouvel accordéon Hohner trois rangées. « C’est toujours pareil, j’ai acheté celui-là car l’autre était pas assez gros, il y avait pas assez d’air dans le soufflet »

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Lili joue de plus en plus, en actuellement (NB ;en 1985) c’est avec cet instrument qu’il anime de nombreuses soirées dans la région : rencontres du 3e âge, banquets, sorties folkloriques, participation à des bals folks, réunions de musiciens traditionnels, stages musicaux…)

Le répertoire de bal des années 1920-1930 se composait essentiellement de polka, valse, scottish et mazurka. En fin de bal on pouvait danser la polka piquée, le branle au vent, la badoise, la gigue et la bourrée ; cette dernière étant dansée uniquement par les pus anciens.

A cette époque les danses était payantes. Il fallait donner cinq sous la danse. Les bons danseurs pouvaient s’abonner à la soirée.

La plupart des musiciens de bals avaient reçu une formation musicale à l’armée ou dans une fanfare locale. Ils se regroupaient en orchestres, souvent familiaux, composés de clarinettes, accordéons chromatiques, pistons… Leur répertoire se composait d’airs de danses à la mode tels que Sous les ponts de Paris, la valse brune… et plus rarement d’airs de danses traditionnelles/ Lili se souvient que Pierre Frisé (vielle et piston) et Émile Gueugnon (clarinette), deux musiciens routiniers célèbres de l’époque, montaient un bal le 10 août pour le fête de Marcilly-la-Gueurce. Il s’agit d’une exception, le musicien routinier, plutôt indépendant, avait des occasions de jouer lors des noces, des conscrits, des veillées, comme le faisait Lili, et laissait aux orchestres le soin d’animer les bals

NB : ce texte a été rédigé en 1985 et mérite quelques corrections :

  • Sur les premières photos du groupe folklorique on ne voit pas Lili jouer avec Pierre Frisé, mais on voit dans ces premières années des vielleux locaux jouer pour le groupe : Pierre Frisé, François Cretenet, Jean Gueugnon, Georges Coiffard, ….)

  • Pierre Frisé, l’archétype du ménétrier charollais, ne jouait pas uniquement de routine mais était lecteur et écrivait la musique.

  • Ce que nous dit Lili sur le répertoire et de l’orchestre de bal des années 20/30 semble réductif.

Commentaires des photos:

1- Première noce de Lili: Melle Nugues et Mr Bernigaud (1926).  Il prenait le cortège chez la mariée et le conduisait à la mairie, à l’église et dans la tournée des bistrots. Le soir après le repas, il animait le bal.

2- Ce que j’ai fait le plus souvent c’est les noces et les conscrits. à 12 ans je m’nais les conscrits toute une semaine… Et puis au printemps, j’courrais les œufs, et en hivers j’animais les piqueries… Il y avait aussi dans le moment beaucoup de banquets de combattants. Mon secteur, c’était Massy, Vaudebarrier et Dyo » (environ 5 kms alentours)

3-Lili fait son service militaire en 1932 dans le 152e d’infanterie à Colmar. Après un stage de 3 semaines pour apprendre à monter à cheval, il est nommé cycliste du colonel. Possesseur d’un laisser-passer, il en profite pour aller danser au bal. Il fait quelques rencontres de musiciens mais « ce sont tous des chromatiques »

4- Lili a eu 4 enfants. Michele, une de ses filles, apprend le violon à l’âge de 6 ans. Adolescente, elle joue de la vielle avec Mr Pompanon, vielleux traditionnel de St Léger-les-Paray.

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