19 décembre 2020

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Jean Gueugnon, Viry

Jean Gueugnon

Jean Gueugnon

La famille Gueugnon est une famille de musiciens qui avait une entreprise familiale
de bal jusque dans les années 1970.
François Gueugnon, vielleux (1871-1943).
Son fils Emile, dit, Mile (1895-1967) jouait de la clarinette, du piston, de la flûte.
La génération suivante de musicien était représentée par le vielleux et accordéoniste
chromatique Jean Gueugnon (1924-2007), fils d’Emile.
Actuellement c’est Alain Gueugnon qui joue de l’accordéon chromatique comme
Jean son père. Quand il était plus jeune, il a animé de nombreuses noces et des bals
musette, et il joue aujourd’hui encore les scottishs du répertoire familial.

 

« Scottich ». enregistrement d’un disque vinyl du Groupe Folklorique « Les gars du Tsarolais » avec leur aimable autorisation, vers 1973.

« Marche du Pierre Frisé », enregistrement d’un disque vinyl du Groupe Folklorique « Les gars du Tsarolais » avec leur aimable autorisation, vers 1973.

« Mazurka », enregistrement d’un disque vinyl du Groupe Folklorique « Les gars du Tsarolais » avec leur aimable autorisation, vers 1973.

 

29 novembre 2020

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Madame Jeanne Frobert, Melay

Enregistrement Annick Martin le 02 Février 1992.

« Martin ».

28 novembre 2020

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Jean Lamy, Varennes l’Arconce

Enregistrement Michel Nioulou en compagnie de François Gayot, 1986.

 

« Mon mari est bien malade ».

28 novembre 2020

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Ernest Pharizier, Saint-Laurent-en-Brionnais

Enregistrements réalisés par Michel Nioulou le 4 Octobre 1986.

« Charivari ».

 

24 novembre 2020

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Laurent Grillet (4) Son père

Reprise de l’article de Jeannine Gerbe dans « la musique à Dompierre-sur-Besbre, Laurent Grillet » 2007: « Laurent Grillet, un musicien charollais oublié »

 

laurent grillet base

Le vendredi 8 mars 1895 à 16 heure, Monsieur Louis Démier, professeur de piano au Conservatoire de Paris et Madame, accueillent leurs invités pour un concert de musique ancienne donné dans leurs salons de la rue d’Amsterdam à Paris. Les interprètes sont, outre Louis Démier lui-même au clavecin, Jules Delsart, professeur de violoncelle au Conservatoire de paris, à la viole de gambe, Louis Van Vaefelghem, violoniste, soliste des Concerts lamoureux, à la viole d’amour, et enfin Laurent Grillet, chef d’orchestre au Nouveau Cirque, à la vielle. Dix jours plus tard ils donnent salle Pleyel, leur premier concert public, précédé d’une conférence-causerie d’Armand Silvestre, célèbre critique et littérateur.

Le succès est immédiat et unanime. Pourtant, ce qui surprend l’auditoire, c’est la présence de la vielle. Pratiqué par la reine Marie Leczinska et ses filles, et par la reine Marie-Antoinette, cet instrument, après la Révolution, était retourné à ses origines profondes du Massif central, de la Savoie, du Charolais, de la Bresse…

Francisque Sarcey, chroniqueur, qui est au nombre des invités du premier concert, fait part de son étonnement à ses lecteurs du journal Le Temps :  « Peut-être ignorez-vous comme moi que la vielle fût autre chose que cet instrument à manivelle y est bien toujours ; et M. Grillet, qui est un vielleux de premier ordre, la tourne comme un simple savoyard. Mais il y a tout un système de touches, et vous n’imaginez pas comme les sons qu’on tire de cet instrument si décrié se marient agréablement à ceux du clavecin. »

Pour sa part, G. Pelca dans le Gaulois assure : « qu’on ne peut s’imaginer les tons purs, sentimentaux, pathétiques et empoignants que M. Grillet sait tirer de son instrument à manivelle, que nous n’avions jamais entendu que grogner sur un mode plaintif des ritournelles populaires, dans des fêtes lointaines. »

S’il est vrai que Laurent Grillet ne jouit pas d’une aussi grande notoriété que ses trois collègues dans le monde musical c’est pourtant lui qui les a convaincus de se lancer dans cette aventure ?

Qui est-il et quelles sont ses origines ?

Sa généalogie paternelle et maternelle se situe entièrement en terre charollaise : à Palinges, Vigny-les-Paray, St Vincent Bragny, Marly-sur-Arroux, Perrecy, Génelard… Ses ancêtres sont grangers, domestiques, certains vivent en communauté familiale. Mais c’est la lignée des Grillet qui retient l’attention : ils sont meuniers de père en fils, mais jamais propriétaires des moulins qu’ils exploitent. C’est sans doute ce qui explique leurs fréquents changements de domicile.

(NB : le lien entre Vielleux et meuniers est très fréquent en Bresse, cf : la vielle en Bresse, catalogue du musée de Brou, 1985 ?)

Le plus ancien Grillet recensé à Génelard vers 1650. Son fils Benoît est lui aussi meunier à Génelard puis au moulin de Vaux de Chizeuil à St-Julien-de Civry, au moulin de Conche à Dyo, enfin aux moulins banaux de Charolles. Il se marie en 1678 avec Françoise Brunet, veuve d’un meunier ; dans leur contrat de mariage, Benoît Grillet apporte 80 livres « provenant de ses gages et épargnes ».

Leur fils, Benoît, se marie vers 1710 avec Louise Cognard et rejoint la famille de sa femme qui exploite le moulin de Cypierre à Volesvres. En 1726 quand il décède, il est meunier au Cloudeau à Ozolles, « … Il est tombé dans l’étang de la Partine où il a été noyé ; étant notoire que ledit Grillet était affligé de mal caduc dont il eut un accès dimanche, jour de sa mort, dans notre église durant le catéchisme ; que retournant des vêpres chez lui, il est aisé de conjecturer qu’il fut attaqué de son mal en passant ledit étang. D’ailleurs nous pouvons certifier qu’il était de très bonnes mœurs et d’une louable exactitude à assister aux offices divins quel qu’éloigné qu’il fut de l’église, ce qui fait que nous n’avons pas hésité à lui accorder la sépulture sainte. »

Son fils, qui se prénomme aussi Benoît, se marie en 1759 avec Philiberte Lagrost. Il est meunier à Corneloup dans la paroisse de Palinges où s’installe également son fils Jean-Pierre, qui est meunier au Montet puis est dit propriétaire et marchand de bois à Varennes. Il épouse en 1783 Antoinette Touzot dont la famille avait exploité les terres du Seigneur de Reclesne, Baron de Digoine à Palinges. Ils auront deux enfants : Catherine, née en 1785 et Jean, né en 1789.

Le père de Laurent Grillet

Rien n’indique que Jean Grillet soit lui aussi meunier. Il est toujours dit musicien et semble avoir été doté d’une forte personnalité.

Lors du conseil de révision de 1809, il est réformé pour défaut de taille : il mesure 1,495m. Pourtant il se trouve en 1813 à la bataille de Leipzig. Adolphe Brisson raconte : « Le père de Laurent Grillet était un grenadier de l’Empire qui assista à la bataille de Leipzig – oui ma cousine – et suivit la Campagne de France. Il essuya des aventures extraordinaires. Il fut blessé dangereusement : il reçut une balle dans la cuise et pour ne pas tomber entre les mains des chirurgiens militaires qu’il craignait plus que l’ennemi, il opéra lui-même. Il se taillada les chairs avec son couteau, arracha le projectile, mit quelques grains de sel dans la plaie pour assainir et regagna clopin-clopant de bivouac… Rentré après la guerre dans sa ville natale et s’y trouvant à peu près ruiné, il résolu de tirer parti de ses talents. Le vieux héros formait des élèves , les gardait à demeure pendant quelques mois et les renvoyait instruits, ayant obtenu d’eux un très modeste salaire. Parfois il partait en expédition. Il montait en carriole et parcourait la contrée, s’arrêtant dans les villages, faisant danser le jeunesse sous les ormes de la grand-place et conviant m le curé à ces jeux champêtres. »

En 1820, il épouse à Lyon, Joséphine Surdel qui est musicienne elle aussi. Leur domicile est situé à Charolles mais il est vraisemblable que pendant les vingt ans qui suivent ils parcourent les routes du Charollais, du Bourbonnais et d’ailleurs, proposant leurs services musicaux dans les villages qu’ils traversent.

En 1843, il est fermier de la ville de Charolles pour les droits de danses et de divertissements à la Promenade St Nicolas. Comme toujours dans ce type d’acte, les conditions du bail sont extrêmement précises. Le bail est prévu pour neuf ans au cours desquels « le fermier sera tenu d’établir chaque année pour la fête de la Madeleine un « waux-hall » sur un parquet ayant environ huit mètres de largeur sur dix-huit mètres de longueur. Le parquet sera construit en planches de sapin solidement fixés sur des travons, garni tout autour de deux rangs de bancs et recouvert d’une toile ou de de planches supportées par une charpente. La couverture ne pourra être en chaume ou en balais. » Après avoir défini l’emplacement ainsi que la nature des produits servis à la buvette, la composition de l’orchestre est précisée : deux bons violons, une clarinette et une grosse caisse. Le prix à 100 francs annuellement, plus 30 francs versés au bureau de bienfaisance pour les pauvres de la ville.

Cette activité n’est pas florissante, d’autant que les intempéries perturbent périodiquement le déroulement de la fête, si bien que chaque année « il éprouve des pertes considérables et que malgré ses efforts ses dépenses excédent ses recettes ». En outre, les inondations de juillet 1849 anéantissent ses installations et Jean Grillet est déclaré sinistré. La ville lui consent une remise de trente francs sur le prix du bail qu’il ne renouvellera pas.

Son épouse décède en 1845. jean Grillet se remarie, quatre ans plus tard, à 60 ans, avec Jeanne dite Jeannette Gaudiau, domestique et âgée de 28 ans. La constitution patrimoniale du futur époux consiste en une maison située à Charolles, rue des Marais, les biens mobiliers qu’elle contient étant estimés à 1200 francs. La future épouse, pour sa part, se constitue la somme de 500 francs provenant de ses gages et épargnes. Le témoin à ce mariage est Hyacinthe Moret, Joueur de vielle, qui s’était porté caution lors du bail de 1843.

Et le nouveau couple reprend la route avec carriole et cheval. c’est au cours d’un de ses déplacement que naît, à Sancoins, dans le Cher, le petit Laurent, le 27 mai 1850.

Laurent Grillet

Durant son enfance et son adolescence, il consacre son temps aux études à l’école communale de Charolles et à l’apprentissage de la musique prodigué par son père, qui lui enseigne l’harmonie et le forme également à la pratique, dès qu’il est en âge de le faire, du cornet à piston, de la cornemuse, du violon et de la vielle. Lorsque Laurent a 7 ans son père lui achète une vielle, « une petite parisienne », chez Pajot fils, un luthier de Jenzat dans l’Allier, et une autre lorsqu’il à 11 ans pour 45 francs. Jean Grillet sera fidèle à ce luthier, tant pour l’achat de ses instruments que pour leur réparation.

S’avérant extrêmement doué pour la musique, le jeune Laurent devient très tôt le partenaire de son père lors de ses prestations villageoises. En outre, Jean Grillet lui fait étudier le violoncelle avec Auguste Martin.

C’est en 1869 que débute sa carrière personnelle : à 19 ans, il est le premier chef de la fanfare de Dompierre-sur-Besbre, dans l’Allier. L’année suivante il dirige l’orchestre du théâtre de Rochefort, en Charente Maritime. La même année, il est exempté du service militaire étant borgne de l’œil droit.

Premier violon au théâtre de Lyon en 1872, il suit alors les cours d’harmonie dans la classe d’Édouard Mangin qui vient de créer le Conservatoire de Musique de Lyon. Venu à Paris en 1874, il travaille le contrepoint et la fugue avec Emile Ratez, futur directeur du Conservatoire de Musique de Lille et , jusqu’en 1881, il fait partie des Concerts Colonne (l’Association Artistique) dont il est membre fondateur ?

Le décès de son père, à 86 ans, en 1875, l’affecte profondément. Son père, dont il fait toujours état quand il évoque auprès des journalistes les débuts de sa carrière musical. Ainsi dans le Lyon Républicain : « Grillet est aussi bon harmoniste qu’habile compositeur et chef d’orchestre, et n’a pas de rival sur la vielle sur laquelle son père était passé maître. » Ailleurs son père est qualifié de « ménétrier champêtre » et de « véritable artiste » .Cette perte est considérable pour Laurent Grillet.

Le règlement de la succession de Jean Grillet témoigne des moyens d’existence modeste de cette famille ? Certe il est propriétaire de deux petites maisons à Charolles : celle de la rue du Maris qu’il loue, l’autre située route de La Clayette qu’il habite et que son fils conservera. Les biens mobiliers déclarés comme dépendant de la communauté consistent en « un lit garni, une table et quatre chaises, un poêle avec ses marmites et tuyaux, quatre draps, deux nappes et deux serviettes, une horloge, vaisselle, batterie de cuisine et ustensiles de ménage, outils de jardin, provisions de ménage, bois, charbon. »

La carrière de chef d’orchestre se poursuit pour Laurent Grillet dans de nombreux théâtres parisiens – dont les Folies-Bergères où il est le collaborateur d’Olivier Métra – ainsi qu’au Casino d’Aix-les-Bains et à celui de Cabourg.

1886 est une année importante pour lui puisqu’il devient le chef d’orchestre attitré du Nouveau Cirque qui vient d’ouvrir rue Saint-Honoré à Paris, et pour lequel il composera toutes les musiques de scène. Ce cirque à la particularité de transformer la piste, en été, en une vaste piscine dans laquelle ont lieu des exhibitions et des joutes nautiques.

La société des Instruments Anciens

Laurent Grillet est aussi collectionneur d’instruments anciens. C’est ainsi qu’en 1893 il achète chez un brocanteur de la rue de Rennes une vielle qui porte la signature de Pierre Louvet, luthier du Roy, et la date de 1763. A qui va-t-il confier l’examen et la réparation de cet instrument précieux ? Au luthier Pajot de Jenzat, le luthier cher à son père. Il lui en coûtera 15 francs.

Il redécouvre alors les charmes de l’instrument de son enfance et imagine l’organisation de concerts de musique ancienne sur des instruments d’époque. Il soumet son projet « à l’éminent professeur Louis Diémer » qui, tout d’abord, trouve l’idée inopportune puis se laisse convaincre ; ainsi naît en 1895 la Société des Instruments Anciens qui devait donner des concert pendant de nombreuses années, à Paris salle Pleyel, puis salle Erard, dans les principales villes française, suisses et belges, avec un succès qui ne se démentira pas. Ainsi, en 1896, le quatuor se produit dans la salle des fêtes du Conservatoire de Liège ; on s’y entasse littéralement, le journaliste parle de marée humaine, le Tout-Liège est là. Richard Strauss également – qui fera des orchestrations de pièces de Couperin. Pourtant le Guide musical de Bruxelles apprécie peu la vielle : « Ce qui a le plus amusé et surpris le public, ce sont les soli de M. Grillet à la vielle ! Ah ! Le bon instrument minable et souffreteux ! On dirait un violon qui tousse et n’a pas de souffle ! Et néanmoins, associé à la viole, à la gambe et au clavecin, il a des sonorités un peu rêches qui ne sont point déplaisantes. M. Grillet en joue d’ailleurs en virtuose et en artiste ; il l’a prouvé en exécutant un concerto de Naudot. Dire qu’on a écrit des concertos pour cet instrument ! »

Les critiques et chroniqueurs tels que Francisque Sarcey, Adolphe Brisson, Armand Silvestre, Jules Lemaître témoignent de l’engouement du public : « Paganini de la vielle », « l’aristocrate de la vielle », « la vielle est son esclave », etc. S. Frère, chroniqueur normand écrit dans le journal de Rouen : M. Grillet a donc repris la vielle pour son compte, et il a démontré clair comme le jour que cette boîte à manivelle n’est un instrument de torture que dans les mains des enfants qui ne savent pas s’en servir. M. Grillet sait tirer de la sienne tantôt des sonorités de flûte, tantôt des airs de hautbois ; il file les sons, il les piques, il les nuance, tout comme s’il s’agissait d’un violon, de sorte que nous nous trouvons aussi intéressés par cet habile vielleur que nous l’étions peu par les petits Savoyards et les aveugles à pancartes. » Après avoir fait un bref historique de l’instrument, il explique à ses lecteurs comment on en joue : « … le vielleur cumule : il tourne et il joue ; la roue enduite de colophane, fait fonction d’archet, et le clavier de touches mobiles presse les cordes contre la roue. »

Mais c’est sans conteste l’avis de Julien Tiersot que l’on retiendra. Compositeur et conférencier, c’est surtout un musicologue qui fait autorité : il œuvre depuis longtemps pour la sauvegarde et la promotion de la musique traditionnelle. A l’occasion de l’exposition universelle de 1889 il avait reçu le prix de l’Académie des Beaux-Arts pour son ouvrage Histoire de la musique populaire en France. Il sera Président de la Société française de musicologie et bibliothécaire en chef de la bibliothèque du Conservatoire de Paris. Il était parmi les invités du premier concert donné chez M. et Mme Diémer ; il écrite dans le Ménestrel du 17 avril 1895 ; « …la nouveauté de cette séance était l’exhibition de la vielle comme la partie supérieure dans la famille des instruments à cordes anciens. On sait que la vielle, l’instrument par excellence des ménétriers populaires, avait pénétré au XVIIIe siècle dans les salons où s’exécutait la musique la plus savante ; l’expérience tentée l’autre jour a prouvé qu’elle n’y était aucunement déplacée. C’est à M. Laurent Grillet que cette expérience a été due, et il y a tout lieu de supposer que la très grande habilité avec laquelle il manie l’instrument lui permet d’en tirer un aprti dont peu d’autres exécutants seraient capables ; il est certain qu’ainsi jouée la vielle offre une variété de ressources sonores qu’on ne lui soupçonnait pas. Dans le chant large, elle chante comme un violon ; elle excelle davantage encore dans les passages détachés, où elle obtient une netteté d’attaque que les instruments à archet ne connaissent pas au même degré ; enfin, ses divers registres ont des vibrations qui produisent des sonorités particulières permettant d’obtenir des effets très variés.

Grâce à M. Grillet, la vielle a repris sa place légitime parmi les anciens instruments, violes d’amour, viole de gambe, avec lesquels elle s’harmonise à merveille. Et nous avons pu, grâce à cette audition, où d’ailleurs chaque instrument a été entendu séparément, faire connaissance avec quelques vieux chefs-d’œuvre du temps passé, heureusement exhumés par les artistes et les chercheurs qui avaient organisés la séance ?

Nous avons entendu notamment un andante de Locatelli, une sonate d’Ariosti et une forlane de Couperin, qui sont des chefs-d’œuvre de la véritable musique classique – et nous avons retrouvé avec un non moindre plaisir d’anciennes connaissances, sous les noms de Couperin, Rameau, Bach, Daquin, etc. »

Mais ces sonorités si agréables sont dues, il faut le dire, pas seulement au talent de l’exécutant mais aussi à quelques modifications que Laurent Grillet a apporté à son instrument : il montait sa vielle avec une seule corde (la chanterelle) et s’abstenait de faire sonner les bourdons. Il fut imité en cela par d’autres viellistes.

Écrivain et chercheurs

Ainsi, la vielle, qui avait permis à Jean Grillet de gagner sa vie, assure la renommée de son fils. Et cela avec les décorations qui l’accompagnent : en 4889, il est nommé Officier de l ‘Académie. A cette occasion les Enfants de la Besbre décident d’adresser leurs félicitations au premier chef de leur fanfare et ils se cotisent pour lui offrir « un objet d’art » comme souvenir. Son bref passage à Dompierre, vingt ans auparavant, avait donc impressionné. En 1896, il est nommé Officier de l’Instruction Publique.

Vielleux, violoniste, chef d’orchestre, compositeur, Laurent Grillet est aussi chercheur et écrivain.

Entre le 2 mars et 16 juin 1895, paraissent dans le Ménestrel une série d’articles intitulés Les ancêtres du violon préfacée par Henry Havard. Le sujet, considérablement enrichi, fait l’objet d’une édition, en 1901, en deux volumes, des Ancêtres du violon et du violoncelle et Les luthiers et fabricants d’archets. L’ouvrage contient également les noms des 210 violons du roi, de Louis XIII à Louis XVI avec les dates de leurs nominations. La préface est de Théodore Dubois, membre des l’Institut, Directeur du Conservatoire national de Musique ?

Cette existence bien remplie, surtout parisienne, n’empêche pas Laurent Grillet d’avoir des contacts étroits et fréquents avec la ville de Charolles et les Charollais.

Les amis charollais

Tout d’abord il fréquente assidûment les Charollais qui résident à Paris ou qui s’y trouvent occasionnellement et cela grâce à trois sociétés dont les membres se retrouvent autour d’un bon repas avec des discours, des toasts et une franche bonne humeur. On y accueille « l’élite des Lettres, des Arts et des professions libérales ».

- L’association fraternelle du Charollais, crée en 1881 est présidée par Ferdinand Sarrien, de Bourbon-Lancy et Bouthier de Rochefort, de Semur-en-Brionnais, hommes politiques. Elles fonctionnent en Société de secours mutuels. Les réunions ont lieu boulevard du Temple, au restaurant Bonvalet. Le prix du repas est fixé à 7F par personne, 3F pas cavalier pour le bal et 0,25F pour la tombola.

Les repas se terminent souvent par quelques chansons charolaises et pour la fête annuelle, profitant de la présence des épouses, Laurent Grillet à la vielle et Claude Giroux à la musette font danser les participant. L’Écho du Charollais en témoigne : « Le son de ces instruments familiers dans nos contrées, mais beaucoup plus rare et presque inconnus à Paris, a fait déserter la pièce principale et tous les assistants, parisiens ou charollais, sont venus danser la Bourrée et le Chibreli, qui, pour les uns, avaient le mérite de l’originalité et de la nouveauté, et pour les autres, celui du souvenir du pays. »

- La Feuillette ou Réunion amicale de Saône-et-Loire créée le 12 décembre 1888 à l’initiative de Jean Laronze. Son but : « Permettre aux originaires de Saône-et-Loire habitant Paris ou s’y trouvant de passage, de se rencontrer, au moyen d’un dîner mensuel, sur un terrain absolument neutre et pas conséquent accessible à tous, afin de pouvoir plus facilement créer, resserrer ou renouveler d’amicales relations. » La cotisation annuelle est de 5 francs.

Les réunions ont lieu le premier mercredi de chaque mois, de novembre à juin, au restaurant de Paris, Palais Royal, 23 Galerie Montpensier, pris du repas : 6,25 (vestiaire compris). Au repas de mars les familles des membres sont invitées.

Louis Paté, qui en fut président, écrira en 1909 : « Venir à la Feuillette c’est un peu aller en Bourgogne. Nous éprouvons à nous rencontrer un plaisir tout spécial : il n’est pas jusqu’à l’accent du pays que nous ne nous réjouissons d’entendre, et, lorsque certaines histoires un peu… téméraires nous sont contées, ce qui nous plaît en elles ce n’est pas leur… témérité, c’est leur saveur locale, leur parfum du terroir bien caractérisé. »

- Les Bourguignons salés crée en 1891 à l’initiative, là aussi, de Jean Laronze pour « grouper la flore » des quatre départements bourguignons : Yonne, Côte-d’Or, Saône-et-Loire, Ain (sic). Le nombre des membres est limité à 50. le Charollais Henry Havard en fut le premier président. Laurent Grillet lui a dédié la marche des Bourguignons salés.

Les Charollais font donc partie de trois Sociétés .

Mais sur le plan personnel, Laurent Grillet semble avoir eu des relations privilégiées avec trois de ses compatriotes.

- Jean Laronze, artiste peinte né à Génelard en 1852. Remarquable paysagiste et dessinateur talentueux, il expose au Salon des Artistes français et ses œuvres se trouvent dans de nombreux musées ? Homme sensible, généreux, tolérant, sérieux mais cultivant l’humour, son amitié est chaleureuse. En outre il a un réel talent d’écrivain qu’il a manifesté dans de nombreux articles de presse. Il a participé aux illustrations de l’ouvrage de Laurent Grillet. Il donnera à la ville de Charolles quelques-unes des ces œuvres grâce auxquelles sera créé le musée municipal.

- Henry Havard, né à Charolles en 1838, fils de notaire qui est l’auteur des chroniques du Charollais. Littérateur et critique d’art, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur l’art hollandais, l’orfèvrerie la céramique… A l’exposition universelle de 1889 il est chargé d’organiser les galeries de peinture et de sculptures contemporaines. Président du Comité d’administration de la Manufacture de Sèvre, membre du Conseil Supérieur des Beaux-Arts, inspecteur général des Beaux-Arts, il sera officier de la Légion d’Honneur. Il est actif au sein des trois sociétés citées plus haut.

Bien que faisant sa carrière à Paris, il est très attaché à sa terre natale. c’est pourquoi il envisage de léguer à la ville de Charolles son importante bibliothèque -plus de dix mille volumes – et se collection de tableaux et d’œuvres d’art. Mais Laurent Grillet ayant appris à Jean laronze que la bibliothèque de Charolles était très mal tenue, ce dernier s’en ouvrit à Henry Havard qui décida de faire son legs à a ville de Mâcon…

- Claude-Marie Giroux, né à Grandvaux en 1862. Orphelin très jeune, il est élevé à Charolles. Il est élève du Lycée de Mâcon où son professeur de dessin est le pittoresque Eugène Chambellan qui a détesté de nombreux talents dont celui de Jean Laronze, quelques années plus tôt. Il est étudiant à l’École des Beaux-Arts de Lyon puis à l’École Normale des Beaux-Arts, où il obtient son diplôme d’architecte.

C’est lui qui a illustré le programme du premier concert conné chez Louis Diémer, d’après la carte d’entrée pour le bal-concert donne le 24 février 1745 à Versailles, en l’honneur du mariage du Dauphin. Il a participé, avec Jean Laronze, à l’illustration de l’ouvrage de Laurent Grillet.

A Charolles, Claude Giroux prête son concours à certaines manifestations musicales. Ainsi en 1891 à l’occasion de la cavalcade organisée au profit des pauvres de la ville, il dessine les programmes de la fête. Par ailleurs il réalise – à titre gracieux – la conception du kiosque à musique édifié en 1897. Lui aussi est musicien : il joue de la musette et anime les joyeux banquets des Charollais de Paris.

En mars 1896, naît sa fille Philiberte-Andrée dont Laurent Grillet est le parrain. Mais il décède prématurément, en n avril 1897, à 35 ans. A ses obsèques à Paris, assistent, entre autres, henry Havard et Laurent Grillet. Jean Laronze, malade, exprime ses regrets par la voix du vice-président de la Feuillette dont Claude Giroux avait été membre fondateur et secrétaire. Pendant longtemps tous évoqueront le souvenir de leur jeune, charmant et dévoué compagnon avec une grande affection.

Avec Charolles, où il séjourne souvent auprès de sa mère, Laurent Grillet a des relations étroites. Outre ses amis, il y retrouve l’Harmonie pour laquelle il se dévoue sans compter. « Qui se souvient des ces répétitions qui précédaient les concours, répétitions auxquelles Grillet assistait toujours, payant de sa personne et de son savoir ? » Lors de la Grande Cavalcade de 1891 il compose une polka-marche qu’il dédie à la ville de Charolles, Les jeunes Bataillons, faisant référence aux bataillons scolaires formés en 1881 dans les écoles primaires pour donner aux élèves une certaine instruction militaire. Lorsqu’en 1896 l’édification du kiosque à musique est envisagée, selon le souhait de l’Harmonie, une souscription publique est organisée : Laurent Grillet y participe en versant la somme de dix francs.

Après le décès de sa mère en 1899,, il rédige son testament. Laurent Grillet n’étant pas marié, il lègue l’usufruit des es biens à Mademoiselle Berthe Leclerc, se gouvernante. Il fait de la ville de Charolles sa légataire universelle, à charge pour elle de subventionner l’Harmonie à partir des revenus annuels de sa maison de la route de La Clayette et de ses droits d’auteur. Il lègue au Musée du Conservatoire de musique de Paris huit instruments de collection dont la vielle de Pierre Louvet.

Son testament se termine ainsi : « Je désire être inhumé dans le cimetière de Charolles, que mes obsèques soient purement civiles, et cela, parce qu’en 1863, l’abbé Guillet, alors vicaire à Charolles, ne voulut pas me laisser renouveler ma première communion, sous le prétexte que je causais du scandale en faisant danser le dimanche avec mon père, et que l’archiprêtre Cuènot lui donna raison. Chassé de l’église, âgé de moins de treize ans, je ne dois pas aux prêtres d’avoir fait un honnête homme ; il serait donc de très mauvais goût qu’ils viennent m’accompagner à ma dernière demeure. »

En 1901 il a en préparation deux publications. Les Ancêtres du piano et une Monographie de la vielle. Mais ses projets n’aboutiront pas. En effet, après un séjour de quelques mois à Charolles, il rentre à Paris en octobre, malade. Il décède le 5 novembre, à son domicile, 5 rue de Provence. Il a 51 ans. Sa dépouille est acheminée à Charolles par train, puis conduite dans sa modeste maison. Le jour de l’inhumation, l’Harmonie conduit le cortège qui traverse toute la ville. Au cimetière, dans son discours, le maire évoque la vie et la carrière du défunt : le président de l’Harmonie, pour sa part, parle de se « simplicité, de son inaltérable bonne humeur et de sa persévérance pour conduire l’Harmonie vers la réussite.

Auparavant, une délibération du conseil municipal dit « qu’il sera concédé à perpétuité à la succession de Laurent Grillet une parcelle de deux mètres carrés dans le cimetière de Charolles à côté de l’endroit où repose sa mère Jeanne Gaudiau, pour y fonder la sépulture dudit Laurent Grillet : dit que les restes de Jean Grillet son père seront exhumés et déposés dans la même fosse ». le père et le fils sont donc réunis.

Toute la presse parisienne fait part de l’évènement. Retenons ces quelques lignes de L’Aurore : « Virtuose, compositeur distingué, chef d’orchestre incomparable, il était adoré des artistes qu’il dirigeait. »

Les Charollais de Paris, bien sûr, déplorent le décès de leur compagnon : « Quel est donc le Charollais qui ne versa pas un pleur à l’annonce de la fin prématurée de Grillet, survenue la veille même du dîner ? Oui, Laurent Grillet, le jovial Grillet, le roi de la vielle, l’auteur de tant d’exquises et gaies partitions. »

des partitions, il en laisse un peu plus de soixante-dix : danses, ballets, musiques pour piano, orchestre, etc. et deux opéras comiques : Fanfreluche de 1883, et Gracioza, sur un livret de Théodore Massiac, représenté en 1892 au Théâtre des Menus Plaisirs.

La courte vie de Laurent Grillet a traversée la seconde moitié du XIXe siècle, période riche en fièvre politique, en agitation sociales et en engagements militaires, en découvertes scientifiques et techniques, en intense activité artistique et culturelle. Laurent Grillet ne donne pas l’impression d’avoir beaucoup participé à cette effervescence ; il ne s’intéresse qu’à la musique, mais à toutes les musiques : populaire et savante, ancienne et contemporaine ; il s’adresse à tous les publics, cultivés ou non, riche ou pauvre, parisien ou provincial.

Aujourd’hui ses compositions ont sans doute mal vieilli et il n’existe aucun enregistrement sonore qui nous permettrait d’apprécier son talent d’interprète. Mais nous savons qu’à sa manière, et les éloges journalistiques en témoignent, il a donné un peu de bonheur à ses contemporains. A ce titre, il ne méritait vraiment pas l’oubli dans lequel il est tombé. Seule sa tombe, inscrite au patrimoine communal de Charolles, rappelle le souvenir de cet homme (et celui de son père), au destin peu singulier.

Remerciements à :

- André et Lucie Prost, ainsi que Catherine Dô-Duc, Emile Gerbe, Marc Guillaume, Maxou Heintzen, Mireille Imbert, Gilles Lauprêtre, Suzanne Plat, Marguerite Zaremba ;

- les « cousins » de Laurent Grillet ; Philippe, Benoît, Marie-Thérèse Bernigaud, Gérard Chaponneau ;

- Jean-François Chassaing Trad Mag n° 90/ Juillet août 2003

- Les « Enfants de la Besbre »

-la SACEM

Sources ; état civil et paroissiaux, archives notariales, enregistrement, dénombrements de population, recensement militaire, délibérations municipales, presse.

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